Mois après mois, la vague de l'autoentreprise ne cesse de gonfler. Nouveau record battu en mars. Près de 44.000 personnes se sont mises à leur compte comme patrons de petites entreprises qui ne compte qu'eux-mêmes. Du jamais-vu depuis le lancement, début 2009, de ce dispositif inventé par le secrétaire d'Etat aux PME, Hervé Novelli. Grâce à la triple révolution culturelle de la simplicité, de la rapidité et de la gratuité, ils sont désormais près d'un demi-million de Français à s'être découverts une vocation d'entrepreneur. Parfois sous la contrainte de la dure réalité du chômage. Parfois par choix de vie, celui d'être salarié la semaine et patron le week-end, celui de vivre de son métier mais aussi de faire d'une passion un métier.
Certes, bon nombre de ces entrepreneurs en herbe ne génèrent sans doute, encore, que peu de chiffre d'affaires et cela conduit parfois à regarder de haut cette activité annexe. Mais le succès est trop durable, trop massif, trop récurrent pour continuer de n'y voir qu'un phénomène de mode. C'est devenu un petit phénomène de société. Ce n'est pas une réforme de circonstance mais une réforme structurelle, peut-être même structurante, en ce qu'elle libère les énergies créa-trices, trop longtemps bridées, de la société française. Le succès de l'autoentrepreneur n'est pas plus que cela, car personne n'en a jamais fait le nouveau modèle de l'entreprise. Mais qu'il soit une manière de désinhiber l'instinct de création, c'est déjà beaucoup. L'autoentreprise, c'est au fond un permis d'entreprendre. Rien de plus, mais rien de moins non plus. Et c'est une raison de préserver cet espace de liberté en le tenant à l'écart de deux pressions qui s'exercent sur lui. Celle des artisans professionnels, qui y voient, à tort, une concurrence déloyale. Celle de l'administration, qui voudrait limiter la durée de ce statut - mais on n'est pas artisan à durée limitée.
JEAN-FRANCIS PÉCRESSE - [ 16/04/10 ] - www.lesechos.fr
| Copyright OCBI, tous droits réservés, n° CNIL 21351454. | Informations légales |